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mercredi 29 mai 2013

La souveraineté c’est d’abord d’avoir des leaders responsables qui dégraissent et purifient les finances de l’état avant de penser à continuer à dépouiller des contribuables surtaxés, considérés comme étant les plus imposés du pays et du continent tout entier.

mardi 31 mars 2009

Je ne me souviens plus

30 mars 2009 par Joseph Facal

Vous savez tous ce qui est écrit sur nos plaques d’immatriculation. Je me demande des fois si nous ne devrions pas être logiques avec nous-mêmes et revenir aux anciennes plaques qui disaient : La Belle Province.

Une vaste enquête menée auprès de 3119 répondants par les historiens Jocelyn Létourneau et David Northrup nous apprenait cette semaine que, de tous les Canadiens, les francophones du Québec sont les moins intéressés par leur propre histoire.

Cet intérêt était mesuré par la pratique (ou non) d’activités comme faire des recherches historiques sur Internet ou visiter un musée.

Jocelyn Létourneau poursuit depuis des années un travail sans ligne de démarcation très claire entre le militantisme en faveur de l’unité canadienne et la recherche universitaire. Mais il ne faut pas tirer sur le messager simplement parce que le message déplaît.

Le constat semble en effet aussi solide que brutal : ces Québécois qui se disent fiers de leur identité forgée par 400 ans de durs combats seraient de grands parleurs, mais de bien petits faiseurs. Comme ces gens qui font baptiser leurs enfants, mais qui ne vont jamais à l’Église.

Les deux historiens n’ont pas comparé les connaissances historiques des Canadiens des différentes provinces. Mais on peut présumer qu’elles reflètent le degré d’intérêt : si une chose ne vous semble pas importante, pourquoi feriez-vous un effort pour en savoir plus ?

J’expliquais l’autre jour à un de mes étudiants que cent-vingt ans avant Mario Dumont, Honoré Mercier parlait déjà d’«autonomie» pour le Québec. Son copain était persuadé que la Crise d’Octobre 1970 fut une récession économique. Et que le Québec fait partie d’un pays dont il n’a jamais signé la Constitution fut pour eux une révélation.

Comment les souverainistes pourraient-ils convaincre de quitter le Canada des gens qui ne savent pas ce que ce régime a fait subir aux francophones ?

Évidemment, toutes les sociétés modernes sont amnésiques. La vitesse des changements, l’arrivée d’immigrants qui ont leur propre histoire, l’accent mis sur une éducation «rentable», tout cela efface le passé.

Partout en Occident, on ne vit que pour le moment présent. L’évocation du passé passe pour une nostalgie un peu quétaine. Pour être branché, il faut «se-projeter-dans-l’avenir.» Comme si l’un devait exclure l’autre.

On ne se voit plus, ou si peu, comme le produit des générations antérieures. Logiquement, on ne se soucie donc pas non plus de ce qu’on va léguer à ceux qui nous suivront. C’est notamment pour cela que nous vivons à crédit depuis quarante ans.

Mais pourquoi est-ce que cela semble plus fort au Québec ? Après tout, Barack Obama cite Abraham Lincoln trois fois par jour.

On nous a longtemps présenté notre passé comme une Grande Noirceur. Alors pourquoi s’intéresser à quelque chose d’aussi négatif ?

Les défaites référendaires ont aussi désillusionné bien des baby-boomers qui ont trouvé consolation dans le nombrilisme cynique, comme les personnages des films de Denys Arcand.

Le déclin de la pratique religieuse fut peut-être rapide chez nous, mais nous continuons à voir le monde d’une manière religieuse. Nous avons donc embrassé la modernité avec la ferveur et le manque de sens critique des croyants.

Évidemment, quand vous ignorez votre passé, vous refaites les mêmes erreurs. Et quand vous ne savez pas qui vous êtes, vous devenez ce que les autres veulent que vous deveniez.

Est-ce vraiment grave ? Il faudrait demander aux Cajuns ou aux Acadiens, parce qu’au Québec, rien n’est jamais grave. Sauf évidemment si le Canadien ne faisait pas les séries.

dimanche 9 novembre 2008

PROJET DE CONSTITUTION DU QUÉBEC

reconstruisons notre parti 17 avril 2007

PROJET DE CONSTITUTION DU QUÉBEC de Daniel Turp

Daniel Turp nous propose sa vision de la Constitution du Québec via son initiative constitutionnelle.

Qu'en pensez-vous ? Y voyez-vous une méthode étapiste pour procéder à la souveraineté ?


PROJET DE CONSTITUTION DU QUÉBEC
préparé par
Daniel Turp
Député de Mercier
Assemblée nationale du Québec
17 avril 2007

CONSTITUTION DU QUÉBEC

PRÉAMBULE
CONSIDÉRANT que le Québec possède des caractéristiques propres et témoigne d’une continuité historique enracinée dans son territoire sur lequel il exerce ses droits par l’entremise d’un État doté d’une Assemblée nationale, d’un gouvernement et de tribunaux indépendants et impartiaux;

CONSIDÉRANT que le Québec est fondé sur des assises constitutionnelles qu’il a enrichies au cours des ans par l’adoption de plusieurs lois fondamentales et par la création d’institutions démocratiques qui lui sont propres;

CONSIDÉRANT que le Québec est libre d'assumer son propre destin, de déterminer son statut politique et d'assurer son développement;

LE PARLEMENT DU QUÉBEC DÉCRÈTE CE QUI SUIT :

CHAPITRE I
DU QUÉBEC
1. Le Québec est une société libre et démocratique.

Le Québec est un État de droit.

Le Québec est une terre où les personnes sont libres et égales en dignité et en droits.

Le Québec fait du français sa langue officielle.

Le Québec assure la promotion et la protection de la culture québécoise.

Le Québec contribue au maintien de la paix et de la sécurité internationale et favorise le progrès social, le développement économique et la diversité des expressions culturelles dans le monde.

Le Québec agit selon les principes du développement humain et du développement durable.

CHAPITRE II
DE LA CITOYENNETÉ DU QUÉBEC
2. Toute personne détenant le statut de citoyen ou de citoyenne du Canada et domiciliée au Québec acquiert la citoyenneté du Québec.

CHAPITRE III
DU TERRITOIRE DU QUÉBEC
3. Le Québec exerce des compétences sur l’ensemble de son territoire.
Le territoire du Québec et ses frontières ne peuvent être modifiés qu'avec le consentement de l’Assemblée nationale du Québec.

Le gouvernement du Québec doit veiller au maintien et au respect de l'intégrité territoriale du Québec.

CHAPITRE IV
DU PATRIMOINE DU QUÉBEC
4. Le Québec préserve et met en valeur l’ensemble de son patrimoine naturel et culturel, notamment son patrimoine archéologique, architectural, archivistique, artistique, ethnologique, historique et religieux.

CHAPITRE V
DE LA CAPITALE DU QUÉBEC
5. La capitale nationale du Québec est la Ville de Québec.

CHAPITRE VI
DE LA LANGUE DU QUÉBEC
6. Le français est la langue officielle du Québec.

CHAPITRE VII
DES SYMBOLES DU QUÉBEC
7. Le drapeau du Québec est formé d’une croix blanche sur fond bleu accompagnée, dans chaque canton, d’une fleur de lis blanche ou, en termes héraldiques, d’azur à la croix d’argent cantonnée de quatre fleurs de lys du même.

L’arbre emblématique du Québec est le bouleau jaune. La fleur emblématique du Québec est l’iris versicolore. L’oiseau emblématique du Québec est le harfang des neiges.

La devise du Québec est « Je me souviens ».

Les armoiries du Québec utilisent un tiercé en fasce; d'azur, à trois fleurs-de-lis d'or; de gueules, à un léopard d'or, armé et lampassé d'azur; d'or, à une branche d'érable à sucre à triple feuille de sinople, aux nervures du champ.

CHAPITRE VIII
DES DROITS ET LIBERTÉS AU QUÉBEC
8. Les articles 1 à 48 de la Charte des droits et libertés de la personne (L.R.Q., chapitre C-12) font partie intégrante de la présente Constitution.

La Charte doit être interprétée de manière à ne pas supprimer ou restreindre la jouissance ou l'exercice d'un droit ou d’une liberté de la personne qui n'y est pas inscrit. Elle ne doit pas être interprétée de manière à augmenter, restreindre ou modifier la portée d'une disposition de la loi. Si un doute surgit dans l'interprétation d'une disposition de la loi, il est tranché dans le sens indiqué par la Charte.

Les droits et libertés s'exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de l'ordre public et du bien-être général des citoyens et des citoyennes du Québec.

Les droits et libertés s'exercent également dans le respect de l’égalité des citoyens et des citoyennes et de la laïcité des institutions publiques du Québec.

La loi peut fixer la portée et aménager l’exercice des droits et libertés.

Aucune disposition d'une loi ne peut déroger à la Charte à moins que cette loi n'énonce expressément que cette disposition s'applique malgré la Charte. Les articles de la Charte correspondant aux articles des engagements internationaux à l’égard desquels aucune dérogation n’est permise ne peuvent être visés par une telle disposition.

CHAPITRE IX
DES COMPÉTENCES DU QUÉBEC
9. Le Québec exerce une compétence exclusive dans les matières suivantes :

1º la santé et les services sociaux;
2º l’éducation et la culture, notamment les communications, la langue, le loisir et les sports;
3º l’économie et l’environnement, notamment les affaires municipales, l’habitation, la politique de la main-d’oeuvre, les ressources naturelles, le tourisme, l’agriculture, le développement régional, l’énergie, l’industrie, le commerce, la recherche et le développement;
4º le soutien aux personnes et à la famille, notamment les affaires sociales, la politique familiale, l’assurance-emploi et la sécurité du revenu;
5º l’administration de la justice;
6º la sécurité publique.

Le Québec exerce une compétence partagée avec le Canada dans les matières suivantes :

1º les affaires autochtones;
2º l’immigration;
3º les institutions financières;
4º la justice;
5º les pêcheries;
6º les transports.

Le Québec exerce une compétence partagée avec le Canada dans le domaine de la fiscalité et du revenu et détient la compétence exclusive de perception des taxes sur les produits et services et sur les impôts perçus par le Canada sur le territoire du Québec.

Le Québec exerce une compétence dans les matières non spécifiquement énumérées dans la présente Constitution et dans la Constitution du Canada.

Le Québec exerce la compétence sur les relations internationales dans toutes les matières qui ressortissent aux compétences prévues par le présent article.

CHAPITRE X
DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE DU QUÉBEC
10. L’Assemblée nationale adopte les lois et surveille l'action du gouvernement.

L’Assemblée nationale approuve les engagements internationaux importants du Québec.

L’Assemblée nationale se compose de 125 députés et députées. Ce nombre peut être modifié par la loi pour tenir compte de l'évolution démographique du Québec.

L’élection des députés et des députées se fait selon un mode de scrutin de type proportionnel.

L'élection générale a lieu à tous les quatre ans à date fixe. Elle se tient le deuxième lundi de mai.

Les modalités d’organisation et de fonctionnement de l’Assemblée nationale sont prévues par la loi.

CHAPITRE XI
DU GOUVERNEMENT DU QUÉBEC
11. Le gouvernement est l'organe qui détermine et conduit la politique générale du Québec. Il assure l'exécution des lois et dispose, conformément à la loi, du pouvoir réglementaire.

Le gouvernement négocie les engagements internationaux du Québec et assure la représentation du Québec auprès des États et des institutions internationales.

La Première ministre ou le Premier ministre dirige le gouvernement et préside le Conseil exécutif.

Les modalités d’organisation et de fonctionnement du gouvernement sont prévues par la loi.

CHAPITRE XII
DES TRIBUNAUX DU QUÉBEC
12. La Cour du Québec et la Cour supérieure du Québec sont les tribunaux de première instance
ayant compétence en matière civile, criminelle et pénale ainsi que dans les matières relatives à la jeunesse.

La Cour d’appel du Québec est le tribunal d’appel ayant compétence à l'égard de toutes les causes, matières et choses susceptibles d'appel.

La nomination des juges de la Cour du Québec et de la Cour supérieure du Québec se fait par la ou le ministre de la Justice; celle des juges de la Cour d'appel se fait par la Première ministre ou le Premier ministre sur recommandation de la ou du ministre de la Justice.

Les tribunaux sont indépendants et impartiaux. Les juges sont inamovibles et ne peuvent contre leur gré faire l’objet d’une mutation, d’une suspension ou d’un congédiement qu'en vertu d'une décision judiciaire et dans la seule forme et pour les seuls motifs prescrits par la loi.

Les modalités d’organisation et de fonctionnement des tribunaux sont prévues par la loi.

CHAPITRE XIII
DE LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION DU QUÉBEC
13. Tout projet de loi de révision de la présente Constitution peut être présenté par la Première ministre ou le Premier ministre ou par au moins 25 % des députés et des députées de l’Assemblée nationale

Le projet de loi de révision doit obtenir une majorité des deux tiers des députés et députées de l’Assemblée nationale.

CHAPITRE XIV
DE SUPRÉMATIE DE LA CONSTITUTION DU QUÉBEC
14 Les dispositions de la présente Constitution l’emportent sur toutes règles du droit québécois qui leur sont incompatibles.

CHAPITRE XV
DE LA CONTINUITÉ DU DROIT ET DES CONVENTIONS CONSTITUTIONNELLES
15. Le droit et les conventions constitutionnelles applicables au Québec au moment de l’entrée en vigueur de la présente Constitution continuent de s’appliquer dans la mesure où leurs dispositions sont compatibles avec celle-ci et tant qu’elles ne sont pas modifiées conformément à la loi.

jeudi 11 septembre 2008

Bernard Landry à Paul Desmarais

Publié le 9 septembre 2008 dans les quotidiens La Presse et Le Journal de Montréal.

Cher Paul Desmarais,

Nos divergences de vues n'ont jamais altéré l'estime que je vous porte. J'ai souvent fait votre éloge en privé comme en public et je vous considère comme l'un de nos

plus grands financiers. L'hebdomadaire français Le point, à qui vous avez donné une remarquable entrevue en juin dernier, vous présente, à juste titre, comme «une légende du monde des affaires».


Votre influence sur une partie des élites françaises est notoire. Le président, Nicolas Sarkozy, vous a récemment élevé au grade de grand-croix de la Légion d'honneur. Même René Lévesque ne fut pas décoré à un tel niveau.

Les visites à votre domaine de Sagard des présidents Bush et Clinton, du roi d'Espagne, du Cheikh Yamani, de Maurice Druon et bien entendu de Nicolas Sarkozy témoignent de l'ampleur et de la diversité de votre réseau international. J'ai appris, lors d'un récent séjour d'enseignement en Chine, que l'on vous considère dans ce pays comme l'un des premiers grands capitalistes occidentaux à avoir vu poindre sa formidable montée en puissance. Vous y êtes reçu, dit-on, mieux que de nombreux chefs de gouvernement.

Un tel prestige et la rareté de vos interventions publiques leur donnent une portée hors du commun. C'est pourquoi je considère qu'il est de mon devoir de citoyen de réagir à un propos stupéfiant que l'on retrouve dans cette fameuse entrevue au Point. Vous avez dit que «si le Québec se sépare ce sera sa fin».

Je me prends à espérer qu'une telle déclaration a dépassé votre pensée. Il ne pouvait être dans vos intentions de laisser entendre que 50% des électeurs qui ont voté OUI en 1995, dont la majorité des lecteurs de vos journaux, auraient voulu la fin de leur nation. Je présume que même ceux qui défendent avec honnêteté dans vos publications la «ligne éditoriale fédéraliste» obligatoire ont dû être surpris d'un tel énoncé.


Des États-Unis au Monténégro


Comment pourriez-vous penser un seul instant que notre nation qui a évidemment les moyens d'être indépendante, comme l'a dit d'ailleurs notre premier ministre en France l'an dernier, pourrait connaître sa fin en faisant ce que presque toutes les nations qui le peuvent, la plupart du reste, beaucoup moins bien nanties que le Québec, ont déjà décidé de faire. Connaissez-vous dans l'histoire une nation, à commencer par les États-Unis, en 1776, jusqu'au Monténégro, en 2006, qui, ayant accédé à la liberté, y aurait trouvé sa fin? Il me semble impérieux pour vous de rectifier cette déclaration aussi insoutenable et injuste qu'il ne le serait de prétendre que l'indépendance du Québec serait son commencement.

Comment un choix aussi normal pourrait être la fin de la nation qui a donné le jour aux courageux et inventifs Desmarais de l'île Marie en face de chez moi, qui ont conçu les fameuses chaloupes Verchères. Ces autres Desmarais qui ont créé et gèrent Power Corporation perdraient-ils leur génie des affaires si le Québec était libre. Nos nombreux dirigeants d'entreprises qui dominent le monde dans leur créneau seraient-ils moins doués et moins dynamiques si le Québec était membre de l'OMC et du FMI?

Les nombreux artistes québécois qui s'illustrent dans le monde entier, dont certains d'une prodigieuse manière, seraient-ils moins créatifs et brillants si leur nation était membre de l'UNESCO? Nos athlètes olympiques récolteraient-ils moins de médailles sous notre bannière fleurdelisée?

En quoi notre démocratie, à bien des égards exemplaire, serait-elle affectée négativement par notre présence aux Nations unies? Pourquoi notre solidarité profondément enracinée dans nos valeurs pourrait être dissoute par notre appartenance à la FAO, à l'OMS et à la Banque mondiale?

Avec l'indépendance, nos 45 000 mégawatts d'énergie propre, sans compter ce qui est à venir, auraient-ils moins de puissance? Notre prodigieuse dotation minière, nos forêts renouvelables et notre agriculture dynamique pourraient-elles perdre de leur valeur?

Le Point relate votre amitié avec tous les premiers ministres du Québec. Je le confirme en ce qui me concerne et c'est pour moi une raison supplémentaire pour vous poser ces quelques questions. La nation québécoise mérite que l'un de ses plus illustres membres leur donne une réponse articulée.

Photo: Bernard Landry, alors premier ministre du Québec, et Paul Desmarais, lors de la soirée des récipiendaires du Mérite philanthropique 2002, décerné par la Chambre de commerce du Québec. (Archives La Presse)

lundi 26 mars 2007

M. Parizeau, mon vote est allé ailleurs

En référence à l'article du Journal de Montréal du 24 mars 2007

M. Jacques Parizeau.

Je suis péquiste souverainiste de souche. Je suis loin d’être végétaliste M. Parizeau. Pour construire mon pays, je n’utiliserai jamais un outil qui risque de m’péter dans les mains à tout moment. Loin d’être un pur et dure, je suis un souverainiste lucide qui souhaite une souveraineté intelligente. Surtout, je reconnais qu’un autre référendum perdant, ne ferait que nuire à la cause. M. Boisclair m’a agréablement surpris durant la campagne. Il prend de l’assurance et démontre qu’il apprend à maîtriser l’art d’être un chef de parti mais le fanatisme qu’il illustre en tenant mordicus à son référendum, même minoritaire, me déplait énormément. Peut-être dans quatre ans, arrivera t-il à nous prouver qu’il est en mesure de bien gérer une province avant de prétendre être en mesure de gouverner un pays. Pour le moment, mon vote est allé ailleurs.
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Texte publié sur Québec-Politique. Pour voir les réactions, cliquez ici

mercredi 14 mars 2007

Le Débat des Chefs 2007

Souverainiste et péquiste depuis toujours, le coup de foudre envers le nouveau chef du parti est plutôt faible. Je réalise cependant que je me dois de donner la chance au coureur. Après avoir été nommé par les militants André Boisclair s’est effacé pendant plusieurs mois avant de se présenter à l’Assemblée Nationale. Complètement invisible à un moment où les libéraux accumulaient déceptions par dessus désillusions, la personne la plus importante de l’organisation brillait par son absence. Déjà déçu d’avoir vu l’inestimable expérience de deux grands piliers du P.Q. disparaître aussi rapidement par les départs de Bernard Landry et Pauline Marois, je donnais mon appui à un mouvement sans chef visible pour la première fois depuis que je m’intéresse à la Politique. Et puis un jour, il est sorti de l’ombre… C’est lorsque je l’ai entendu dire tout haut "M. Charest ! Vous avez pensé que les québécois vous ont CRU ? Vous êtes CUIT" que j’ai, sans le vouloir, donné une image à toutes les attaques à venir à ce nouveau leader du Parti Québécois.
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Je dois admettre que j’ai eu du mal à ma réconcilier avec l’image du politicien. Un préjugé bien encré dans le subconscient ? Peut-être… Mais je pouvais faire peu pour changer la perception qui s’était installé dans mon esprit, sauf peut-être laisser le temps passer et espérer recevoir une information nouvelle qui me servirait à me rapprocher un peu… Je ressens probablement le besoin d’être rassuré. L’insécurité s’impose bien souvent lorsque se présente une simple rupture dans une vie de couple. L’appréhension de l’inconnu se manifeste aussi sévèrement lorsqu’un individu se retrouve du jour au lendemain sans travail. Les peurs sont légitimes, mêmes celles qu’on n’identifie pas sur le champ. Je vais vous dire qu’il faut une sapré dose de charisme et de force de caractère pour transporter sur ses épaules le poids d’une rupture entre une province et un pays. Il faut être drôlement convaincant et projeté une confiance sans limite. C’est ce que j’ai besoin de ressentir lorsque je regarde le dirigeant du concept de la souveraineté de mon pays.
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M. Boisclair grandi
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Si les bons vins s’améliorent avec les années, il est à prévoir que M. Boisclair pourrait être celui qui transformera le Québec de manière significative. Curieusement, à mesure que la campagne électorale avance, il développe une assurance surprenante. Sa prestance à l’émission télévisée animée par Claude Charron «Madame, monsieur, posez votre question!» se compare de la même manière. Plus l’émission défilait, plus M. Boisclair répondait avec aplomb. Rien à comparer avec son apparition à «Tout le Monde en Parle» où il semblait craindre d’avantage les allusions farfelues de Danny Turcotte que les questions de Guy A. Lepage. Hier soir, à mon avis, M. Boisclair a fait un travail remarquable pour un homme qui se présentait à son premier débat politique. Parce que la majorité des gens nourrissait l’impression que son manque d’expérience le dirigerait vers un échec certain, il est probablement celui qui aura le plus étonné. Il a su mettre en évidence le refus des ses adversaires de simplement répondre aux questions posées. Malgré les nombreuses tempêtes M. Boisclair prend de l’assurance à chaque jour et donne l’impression qu’il maîtrise ses dossiers de plus en plus. Il est peut-être en train de nous démontrer à tous qu’à l’instar des préjugés, il est en mesure de résister aux nombreuses attaques portées contre lui et de se tenir debout. Je doute qu’il soit élu premier ministre en 2007 mais je commence à avoir bon espoir qu’il soit en mesure de rapatrier l’ensemble des québécois d’ici 2111. C’est à mon avis, le point le plus important de la présente campagne. Le Parti Québécois est en chute libre et a certainement besoin d’un vrai chef de parti.
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Un Mario Dumont déculotté
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Personnelement, je trouvais désolant de voir Mario Dumont patiner comme il l’a fait pour se défaire de situations auxquelles il n’avait aucun contrôle. «Question simple… Vous êtes économiste de formation, diplômé de Concordia, c’est quoi la marge de manœuvre du Québec par année ?» En tant que simple citoyen, que je sache ou non que la marge de manœuvre se situe à $700M pour l’année en court a très peu d’importance. Mais que M. Dumont, un homme qui prétend avoir des promesses chiffrées à proposer, un homme qui massacre les enveloppes budgétaires de ses opposants durant la campagne et surtout, un homme qui se présente pour devenir le premier ministre du Québec, soit totalement dérouté par la question dépasse l’entendement. Troisième fois en moins d’une semaine que M. Dumont se retrouve en position d’extrême faiblesse. Deux fois à l’émission «Tout le Monde en Parle» devant, à tour de rôle, Guy A. Lepage et Chantal Hébert et hier soir devant M. Boisclair. À mesure qu’on s’éloigne du débat, son fameux lapin qui faisait références au viaduc de Laval s’avère un coup d’épée dans l’eau. Tôt au lendemain du débat, des documents officiels viennent prouver le contraire de ce qui a été mentionné concernant cette affaire. Il serait étonnant que M. Dumont ait été en mesure de prévoir un tel coup mais en bout de ligne, le lapin aura eu au moins l’utilité d’attirer l’attention du peuple sur autre chose que la fameuse question concernant la marge de manœuvre du Québec.
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Pourtant, plusieurs consacre la victoire (du débat) à notre Mario national simplement en raison des idées nouvelles qu’il apporte. Je suis le premier à souhaiter des changements majeurs pour le territoire québécois. Je suis le premier à souhaiter qu’un homme se lève pour nous proposer une gestion épurée du budget provincial. Je souhaite justement la souveraineté pour couper les dépenses au maximum parce que je suis à bout de souffle de payer taxes et impôts en double depuis près d’une trentaine d’années. Je souhaite la souveraineté parce que je souhaite toutes sortes de changements qui sont à mes yeux nécessaires pour administrer un territoire sainement. C’est bien beau d’avoir des idées nouvelles mais encore faut-il être en mesure de chiffrer l’ensemble de ses projets et d’en connaître l’impact sur la société. Le parti Québécois rêve d’un Québec souverain depuis plus de quarante ans. M. Dumont a probablement lu les articles du Journal de Montréal il y a un peu moins d’un an qui traitait du système scolaire en Finlande pour en arriver à proposer l’abolition des commissions scolaires. Je l’avoue, l’idée m’avait aussi séduite au moment de lire l’article mais de là à en faire une promesse électorale quelques mois plus tard semble relever beaucoup plus de l’opportunisme que du gros bon sens.
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En parallèle, M. Dumont qui qualifie de rêves les projets souverainistes de M. Boisclair, semble oublier que près de 50% de la population en 1995 rêvait avec lui. Qu’est-ce que l’Autonomisme devant un gouvernement fédéral à Ottawa si ce n’est pas un rêve ? Comme l’a si bien dit M. Boisclair hier soir, "L'autonomie, si ça existait, on l'aurait!". M. Dumont obtient plus de crédibilité en 2007 qu’il en avait obtenu en 2003. Lui aussi prends de l’assurance dans ses propos mais ses faiblesses sont plus évidentes que celles de ses adversaires. Personne ne s’attend à ce qu’il soit élu et sa popularité progressive n’aura aucun autre résultat que de provoquer une possibilité d’un gouvernement minoritaire qui affaiblira les pouvoirs des élus en place (qu'ils soient péquistes ou libéraux) et un mandat plus court. Des élections aux deux ans au fédéral pour un Harper minoritaire et des élections aux deux ans au Provincial… Lorsqu’on pense à tout cet argent dépensé, YOUPPE DOO
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Jean Charest, le vendeur de voitures usagées
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Le plus grand menteur qu’il m’ait été de voir dans toute ma vie. Un homme politique que j’arrive à respecter malgré tout pour sa force de caractère. J’ai qualifié M. Charest de "plus grand menteur" bien avant que M. Boisclair se serve de ce qualificatif durant la dernière campagne. M. Charest est prêt à tout pour arriver à ses fins. Peu importe que les accomplissements de ses prédécesseurs soient bons ou mauvais, du temps qu’il régnait à l’opposition, c’était toujours mauvais. Vous allez me dire que c’est le rôle d’un chef de l’opposition en politique ? Je vous réponds "pas nécessairement". Le rôle du politicien est de contribuer à l’essor du territoire pour lequel il s'engage et non de prôner l’inverse de ce qui est bien pour le peuple dans le seul but de satisfaire ses besoins propres ou ceux de son parti. Dans ce sens, M. Landry était un bien piètre chef d’opposition simplement parce qu’il ne possédait pas les travers de M. Charest. M. Charest est beaucoup moins arrogant depuis qu’il a prit les commandes du Québec. Ses objectifs sont à moitié atteints lorsqu’on pense à ses aspirations au fédéral. Mais le mensonge est toujours sa plus grande force. Les gens ont besoin d’entendre que le Québec est en santé et qu’il représente un paradis pour la famille. Que les impôts n’ont pas été diminués tel que prévue mais qu’un autre mandat amènerait le parti à progresser dans ce sens. Le peuple a besoin de se faire dire que les listes d’attentes ont diminuées dans les hôpitaux et qu’on a allégé l’achalandage dans les urgences même si tout le monde sait qu’en réalité, il en est rien. M. Charest a été hier soir beaucoup moins agressif qu’en 2003. Il se voulait rassurant, tel un père de famille qui a fait ses preuves. M. Charest a vendu l’illusion au peuple québécois qu’il avait réussi. Le peuple québécois a acheté. Vous verrez le 26 mars prochain.

vendredi 2 mars 2007

Le Parti Possible

En réponse au texte "Le Parti Impossible" de Richard Martineau - 01/03/07

Pas fort votre texte du 1er mars M. Martineau… Prétendre que les péquistes n’ont rien d’autre en commun que l’indépendance en prenant comme exemple une conversation vide entre Pierre Falardeau et André Boisclair aurait du vous amener à trouver des exemples du côté des libéraux. Il existe sûrement une personne complètement à l’opposé du premier ministre actuel qui partage les mêmes idées politiques. Et si les québécois avaient foi en leur parti aussi pour gouverner et faire prospérer le Québec ? La cause de l’indépendance est là et existera probablement jusqu’au jour où elle se réalisera ou tant que le PQ existera. C’est le peuple qui donne une tout autre dimension à ce parti politique. Le parti Québécois a représenté un gouvernement majoritaire durant de nombreuses années depuis la fin des années soixante-dix et à ce que je sache, nous habitons toujours une province. Le simple fait de voter PQ ne garanti pas nécessairement la souveraineté.
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Si les gens sont actuellement si divisé, comme vous le dites, devant M. Boisclair, ce n’est pas parce que le Parti Québécois est plus difficile à gérer qu’un autre, c’est tout simplement parce que M. Boisclair n’a pas le charisme pour rallier son monde. J’ai voté PQ toute ma vie et je suis souverainiste dans l’âme. Pour la première fois depuis près de trente ans, je passe mon tour parce que je ne crois pas que le chef actuel ait la force et le leadership de mener à bien le Québec, non seulement en tant que pays, mais en tant que province. Il se prend pour qui ce jeune blanc-bec pour nous promettre un référendum à l’intérieur d’un prochain mandat de quatre ans ? Comme si le Québec pouvait se permettre un troisième référendum perdant aussi facilement qu’on perd une partie de quilles… Que M. Boisclair commence donc par prouver aux gens qu’il est en mesure de diriger son propre parti politique, qu’il commence par nous démontrer qu’il est en mesure de faire rouler rondement l’économie du Québec et gérer la province comme elle se doit. Que M. Boisclair prenne donc le temps de s’établir et de rassurer les gens autour de lui. Peut-être dans quatre ans, peut-être dans huit… Mais pour le moment, je ne ressens pas cette confiance qui me permettra de donner mon appui à cet homme et à ce parti qui est devenu à mon avis, sans âme. Je crois en la souveraineté pour toute sortes de raisons mais pour moi, elle ne représente pas un jeu. Je ne voterai jamais pour la souveraineté pour le simple plaisir mais bien parce que je crois qu’elle améliorera la situation pour nos enfants et nos petits enfants. Parce que voyez-vous M. Martineau, il existe un autre point commun entre de nombreux péquistes auquel vous ne faites pas allusion dans votre texte, c’est le gros bon sens…
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Serge Verdon

samedi 27 janvier 2007

Le référendum du 30 octobre 1995 : une analyse des résultats Pierre Drouilly - Université du Québec à Montréal

Note(s) Le site original vous dirige ici vers les différents tableaux présentés au cours de cette analyse.
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Un dirigeant communiste français, qui venait de se faire battre dans un congrès par une voix de majorité, s'était exclamé avec indignation: «Mais qui donc a voté contre moi?» On pourrait faire la même remarque devant les commentaires exprimés par plusieurs à la suite du référendum du 30 octobre 1995. Avec une aussi faible majorité pour le NON (54 288 voix), les souverainistes pourraient en effet être tentés de désigner plusieurs responsables de cette défaite du OUI: les anglophones, les allophones, les électeurs de la région de Québec, les électeurs francophones de l'Outaouais, les électeurs plus âgés, les électrices, les électeurs hors Québec, les Amérindiens, les votes annulés, les abstentionnistes, et finalement n'importe quelle combinaison de circonscriptions dont la somme des majorités pour le NON totalise plus de 27 144 voix (il doit exister plusieurs milliers de ces combinaisons). Cela n'est pas sérieux!
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Il est beaucoup plus intéressant d'analyser les résultats du référendum, et de tenter de comprendre ce qui s'est produit le 30 octobre 1995.
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La réussite des sondages
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Après les difficultés rencontrées par les sondages durant la campagne électorale de 1994, alors qu'ils prévoyaient une victoire bien plus importante du Parti québécois que celle à laquelle on assista finalement, au cours de la campagne référendaire de 1995 les sondages se sont révélés fort précis. Bien entendu, cette précision fut acquise aussi grâce à une méthode de pondération plus réaliste des répondants discrets qui, plutôt que d'être répartis proportionnellement aux répondants qui ont exprimé une opinion, doivent plutôt être répartis davantage en faveur du camp fédéraliste. Nous avons nous-mêmes proposé, suite à une analyse des sondages publiés au cours des campagnes électorales depuis 1970, de répartir les répondants discrets dans des proportions de un quart pour le OUI et trois quarts pour le NON [Notes 1 ] . Comme le révèle le tableau 1, alors que la répartition proportionnelle des répondants discrets aurait laissé croire, en fin de campagne, que le OUI l'emporterait par environ 52-53 %, notre méthode de répartition, que nous appelions la répartition réaliste (les trois quarts des répondants discrets au NON et un quart au OUI), prévoyait, dans les derniers sondages, un résultat qui s'écarte de moins de 0,1% du résultat final. Avec cette pondération réaliste, aucun des 23 sondages réalisés durant la campagne référendaire n'a anticipé une victoire du OUI. C'est sur la base de cette pondération réaliste que nous avions nous-mêmes, la veille du référendum, prévu à RDI un résultat de «50-50 pour le NON». Il semble, par contre, que les dirigeants souverainistes, et Jacques Parizeau en particulier, comme en fait foi le reportage de Stéphane Bureau diffusé à TVA le surlendemain du référendum, s'attendaient à une victoire serrée du OUI sur la base des derniers sondages de la campagne référendaire.
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Ce que révèlent aussi les sondages, lorsqu'ils sont interprétés correctement avec une pondération réaliste des répondants discrets, c'est qu'en tout début de campagne électorale, le OUI se situait aux alentours de 42%, c'est-à-dire qu'il recevait l'appui de tout juste 50% des électeurs francophones. Mais dès la dernière semaine du mois de septembre, le OUI amorce une remontée qui se poursuivra jusqu'au jour du vote: cette remontée a donc commencé avant la nomination de Lucien Bouchard comme négociateur en chef. L'«effet Bouchard», dont on a tant parlé, a donc été sans doute moins important que ce que l'on en a dit, puisque la remontée du OUI précède de deux semaines son intronisation à titre de chef du camp du OUI (le 7 octobre): mais évidemment l'arrivée de Lucien Bouchard n'a pu que consolider, et peut-être amplifier, cette remontée du OUI dans les sondages. Le NON a fait un gain de 174 657 voix entre 1980 et 1995 [ Notes 2 ] , alors que le OUI a fait un gain de 822 509 voix, avec une augmentation d'un peu plus de 700 000 électeurs inscrits (tableau 2). Si l'on tient compte non pas du résultat du référendum calculé par rapport aux votes valides, mais par rapport aux électeurs inscrits (tableau 3), ce qui mesure mieux le niveau réel des appuis et permet des comparaisons dans le temps qui fassent abstraction de la participation électorale, on constate qu'avec 46,4% des électeurs inscrits, le NON a moins bien fait qu'en 1980 (il avait alors 50,1% des électeurs inscrits). Par contre, le mouvement souverainiste réalise, en 1995, son second meilleur score historique, avec 45,4% des électeurs inscrits (11,4 % de plus qu'en 1980, alors que le OUI avait obtenu l'appui de 34,0% des électeurs inscrits), à peine moins que le NON de 1992 à l'entente de Charlottetown (45,9% des électeurs inscrits et 56,7% du vote valide), et en progression très nette par rapport au score record du Parti québécois en 1981 (40,2 % des électeurs inscrits), ou même au résultat du Bloc québécois en 1993 (36,7% des électeurs inscrits) et bien entendu à celui du Parti québécois en 1994 (35,8% des électeurs inscrits).
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La presque victoire du OUI ne résulte pas uniquement du transfert d'électeurs ayant voté NON en 1980 vers le camp du OUI en 1995: le OUI a récolté des voix, en 1995, parmi les nouveaux électeurs, jeunes et francophones. Ceux-ci, qui correspondent aux personnes nées entre 1962 et 1977, sont au nombre d'environ un million et quart, ce qui a accru le corps électoral d'environ 700 000 personnes. La différence entre les deux derniers chiffres correspond aux décès survenus entre 1980 et 1995 et dont la plupart étaient des électeurs: compte tenu que tous les sondages indiquaient en 1980 que l'électorat du NON était nettement plus âgé que celui du OUI, le NON de 1980 a perdu en 1995 une partie de ses électeurs (décès des électeurs plus âgés). Les transferts politiques d'un camp à l'autre entre 1980 et 1995 sont donc moins importants que les gains et pertes de chaque camp entre ces deux dates. C'est bien ce que signifie l'accroissement plus faible du OUI de 1995 par rapport au OUI de 1980 (+ 174 657 voix) comparé à l'augmentation plus forte du OUI de 1995 par rapport au OUI de 1980 (822 509 voix), les chiffres bruts étant fonction de ces trois phénomènes (naissances, décès et transferts politiques). En conclusion, les gains absolus du OUI en 1995 sont plus importants que les gains absolus du OUI, et les gains relatifs du OUI sont plus importants que les pertes relatives du OUI.
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Le noyau le plus dur du bloc fédéraliste, composé chez les francophones des personnes plus riches, plus âgées ou moins scolarisées [ Notes 3 ] auxquelles s'ajoutent les anglophones et les allophones, n'a pas été très sérieusement entamé au cours du référendum de 1995. Dans le cas des francophones, la mortalité naturelle érode cet électorat fédéraliste dans la mesure où les jeunes générations sont socialisées dans une culture politique plus nationaliste qui, depuis maintenant 20 ans, est dominante dans la société québécoise, tandis que chez les non-francophones le renouvellement des générations assure la reproduction du bloc fédéraliste.
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Par rapport au référendum de 1980, le OUI a progressé dans 19 circonscriptions [Notes 4 ] : il s'agit essentiellement de circonscriptions à forte composante non francophone (Ouest et Nord-Est de l'île de Montréal) auxquelles s'ajoutent les circonscriptions de l'Outaouais (Chapleau, Gatineau, Hull) et la circonscription d'Ungava. Le OUI de 1995 a progressé par rapport au OUI de 1980 dans 106 circonscriptions très majoritairement francophones, à l'exception toutefois de la circonscription de Beauce-Sud dans laquelle il a subi un léger recul de - 0,6 %. Mais globalement les deux référendums se ressemblent fortement puisque le vote de 1995 a une corrélation de 0,900 avec celui de 1980.
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Un référendum exemplaire
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On ne soulignera jamais suffisamment le caractère tout à fait exceptionnel de la participation électorale au cours du référendum de 1995: avec 93,5 % des électeurs qui ont voté, il ne s'agit pas seulement d'un record absolu pour une consultation québécoise et même canadienne, 8% de plus que lors du dernier record historique depuis le début de la Confédération [ Notes 5 ] , réalisé lors du référendum de 1980 (participation de 85,6%), il s'agit sans doute aussi d'un record dans les sociétés démocratiques, qui fait honneur à la démocratie québécoise. Même les pays dans lesquels le vote est obligatoire (comme la Belgique ou l'Autriche) atteignent difficilement les 90% de participation électorale, alors que dans les grandes démocraties ce taux se situe en général en dessous de 80% ou de 70% (69,6% à la dernière élection fédérale de 1993 dans l'ensemble du Canada), et même parfois en dessous de 60 %, comme aux États-Unis.
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Une analyse de cette participation électorale, à travers les 125 circonscriptions du Québec (cartes 5 et 6), révèle qu'elle varie de 96,5 % dans Marguerite-d'Youville à 84,6 % dans Ungava: elle est supérieure à 95 % dans 23 circonscriptions et inférieure à 90% dans seulement six circonscriptions. De plus, l'analyse statistique montre que la corrélation entre le taux de participation et la composition linguistique des circonscriptions est très faible (corrélation de - 0,275 entre le taux de participation et le pourcentage de francophones, corrélation de + 0,327 avec le pourcentage d'anglophones, et corrélation non significative avec le pourcentage d'allophones; de plus ces trois corrélations deviennent non significatives dans la région de Montréal). Les légères différences de taux de participation sont davantage liées à la composition sociale des circonscriptions qu'à leur composition linguistique, comme c'est toujours le cas [Notes 6 ] : comme c'est habituel, les banlieues votent davantage (95,2% dans la couronne de Montréal), alors que les régions périphériques s'abstiennent davantage (participation de 89,8% dans le Nord-Ouest, de 90,2% dans le Bas -Saint- Laurent-Gaspésie-Côte-Nord, de 92,6% au Saguenay-Lac-Saint-Jean). Mais dans l'ensemble toutes les circonscriptions, sauf une (Ungava), ont eu au référendum de 1995 un taux de participation supérieur à la participation record de 1980 pour l'ensemble du Québec.
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Les signes avant-coureurs de cette forte participation ont été d'une part l'augmentation considérable du nombre d'électeurs inscrits (près de 200 000 de plus qu'en 1994, soit beaucoup plus que l'accroissement naturel de la population), et d'autre part le nombre élevé de personnes qui ont voté par anticipation (plus de 300 000, c'est-à-dire une fois et demie de plus qu'en 1994).
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La structure de la participation électorale en 1995 à travers les 125 circonscriptions du Québec ressemble davantage à celle du référendum de 1992 (corrélation de 0,922) qu'à celle des élections de 1994 (corrélation de 0,851). Elle s'apparente, en fait, aussi à la participation au référendum de 1980 (corrélation de 0,811). Dans les 125 circonscriptions, le taux de participation s'est accru, tant par rapport à celui du référendum de 1980 que par rapport à celui des élections de 1994.
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Le vote partisan
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En comparaison avec les résultats des élections de 1994, le OUI fait un gain de 556 918 voix par rapport au Parti québécois, soit un gain de 4,6% du vote valide, ou encore un gain de 9,6% des électeurs inscrits, tandis que le NON enregistre un gain de 624 950 voix par rapport au vote du Parti libéral de 1994, soit un gain de 6,2% du vote valide, ou encore un gain de 10,9% des électeurs inscrits.
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Le vote au NON tout comme celui au OUI sont fortement déterminés par les appuis au Parti libéral et au Parti québécois respectivement: la corrélation entre l'appui au NON et le vote libéral de 1994 est de 0,903, et celle entre l'appui au OUI et le vote péquiste de 1994 est de 0,917. Par rapport au vote libéral de 1994, le NON est en progression dans 111 circonscriptions: les plus fortes progressions se produisent dans les circonscriptions dans lesquelles un candidat indépendant en 1994 était venu éroder le vote libéral [Notes 7 ] (D'Arcy McGee + 31,0%, Rivière-du-Loup +28,0%, Louis-Hébert +23,1%, Champlain +8,4%), ainsi que les circonscriptions de la région métropolitaine de Québec (Charlesbourg + 19,5%, Vanler +19,1%, Montmorency + 18,7 %, Chutes-de-la-Chaudière + 17,3%, Limoilou + 16,9%, Lévis +15,7%, Chauveau +14,8% et Taschereau +13,5%). Les plus forts reculs du NON par rapport au vote libéral de 1994 se produisent dans des circonscriptions ayant élu un député libéral ou appuyé fortement un candidat libéral, malgré leur profil sociolinguistique (Chambly -2,8 %, Frontenac - 5,7%, Richmond - 7,4%, Îles-de-la-Madeleine - 18,1%): il s'agit dans ces cas d'une certaine normalisation du comportement électoral référendaire par rapport à celui de 1994.
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Le vote pour le OUI progresse par rapport au vote péquiste de 1994 dans 106 circonscriptions et recule dans les 19 autres. Les plus fortes progressions se retrouvent dans les circonscriptions ayant eu un candidat indépendant notoire en 1994 (Rivière-du-Loup + 27,7%, Champlain + 18,3% et Louis-Hébert + 13,6%, mais pas D'Arcy McGee qui, francophone à seulement 14,9%, n'a voté OUI qu'à 3,6%) ainsi que dans les circonscriptions ayant donné au Parti libéral un vote surévalué en 1994 par la présence d'un candidat prestigieux. Inversement, les plus forts reculs du OUI par rapport au vote péquiste de 1994 se retrouvent dans des circonscriptions dans lesquelles un candidat péquiste prestigieux ou un député de longue date avait obtenu un vote excessivement fort (par exemple Abitibi-Ouest, Arthabaska, Joliette, Labelle, Laviolette, Lévis). Mais cela n'est pas une règle générale: parmi les 16 circonscriptions dans lesquelles le candidat péquiste avait obtenu un vote supérieur à 60% en 1994, neuf (dont les cinq circonscriptions du Saguenay-Lac-Saint-Jean) ont appuyé plus fortement le OUI que le candidat péquiste de 1994. On retrouve aussi parmi les circonscriptions ayant moins appuyé le OUI que le Parti québécois* en 1994 trois circonscriptions de l'Outaouais (Hull - 10,9%, Papineau - 5,1 % et Chapleau - 4,0%), mais on n'y retrouve pas les circonscriptions de la région du Québec métropolitain dont tous les commentateurs ont signalé la tiédeur des appuis au OUI. Cela signifie que la faiblesse du OUI dans la région de Québec était déjà inscrite dans le vote de 1994: en fait, depuis maintenant plus de dix ans, le Parti québécois rencontre des problèmes dans la région de Québec. Ces difficultés remontent aux coupures de 1982 dans la fonction publique, fortement représentée dans la région de Québec: de plus, la promesse solennelle du Parti québécois d'intégrer toute la fonction publique fédérale au lendemain de la souveraineté n'a pas dû aider la cause du OUI dans les rangs de la fonction publique québécoise. L'ironie de la chose, c'est que cette promesse n'a pas non plus, semble-t-il, rassuré les fonctionnaires fédéraux (comme en témoigne le vote très faible du OUI de 1995, tout comme celui de 1980, même parmi les francophones, dans l'Outaouais où l'on retrouve une présence massive de fonctionnaires fédéraux). Ajoutons que cette méfiance des fonctionnaires fédéraux a dû aussi jouer à Québec, où la fonction publique fédérale est aussi très présente.
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Le OUI de 1995 a une corrélation de 0,981 avec le NON au référendum de Charlottetown de 1992 (les corrélations pour le camp fédéraliste sont les mêmes puisqu'il n'y a que deux options dans des référendums). C'est dont dire que le vote de 1995 est à peu près Identique au vote de 1992: en 1995 le OUI obtient à peine 72 246 voix de plus que le NON en 1992, ce qui représente un recul de 7,3% du vote valide (en raison du fort taux de participation en 1995), mais un recul de seulement 0,5% par rapport aux électeurs inscrits. Le NON de 1995, par contre, obtient 653 573 voix de plus que le OUI à Charlottetown, ce qui représente une progression de 7,3% du vote valide, et une progression de 11,3% par rapport aux électeurs inscrits.
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La similitude entre le vote au OUI en 1995 et le vote au NON en 1992 est étonnante: dans 52 circonscriptions, l'écart de voix est inférieur à 1000, dans 43 circonscriptions il est compris entre 1000 et 2000 voix, et il n'est supérieur à 4000 voix que dans deux circonscriptions. Par contre, l'écart entre le NON en 1995 et le OUI en 1992 n'est inférieur à 1000 voix que dans deux circonscriptions, compris entre 1000 et 2000 voix dans neuf circonscriptions, et supérieur à 5000 dans 63 circonscriptions. Cela semble indiquer, si l'on remarque qu'avec un taux de participation de 93,5% les deux camps étaient mobilisés au maximum, que le camp souverainiste a aussi bien fait en 1995 qu'en 1992, mais que le camp fédéraliste a mieux mobilisé ses troupes qu'il ne l'avait fait en 1992. Voilà l'effet sans doute le plus spectaculaire des sondages, qui anticipaient un résultat serré le soir du 30 octobre 1995.
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Le vote linguistique
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Comme dans toutes les consultations au Québec, le facteur linguistique est le facteur déterminant pour expliquer les comportements électoraux.
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L'examen des cartes représentant les circonscriptions qui ont voté OUI ou NON (cartes 3 et 4) révèle déjà l'extrême polarisation sur une base linguistique du vote au référendum [ Notes 8 ] . Alors que le résultat du référendum a été très serré (50,6% au NON et 49,4% au OUI), 80 circonscriptions ont voté OUI et seulement 45 ont voté NON: ce déséquilibre reflète le déséquilibre de la répartition géographique des électeurs selon leur langue maternelle. Alors que presque toutes les régions du Québec ont appuyé le OUI, dans la région de Montréal la tendance du vote épouse très exactement les frontières linguistiques (cartes 12, 13 et 14). Des 45 circonscriptions qui ont voté NON, on n'en compte que 12 ayant une proportion de francophones supérieure à celle de l'ensemble du Québec, alors que seulement cinq des 80 circonscriptions qui ont voté OUI ont une proportion d'électeurs francophones inférieure à celle de l'ensemble du Québec.
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Partout au Québec la présence d'un électorat non francophone fait baisser proportionnellement le vote obtenu par le OUI. Ainsi le OUI a remporté 62 des 69 circonscriptions ayant plus de 90% de francophones, 14 des 21 circonscriptions ayant entre 80% et 90% de francophones, et seulement quatre des 35 circonscriptions ayant moins de 80% de francophones: en fait, le OUI a perdu toutes les 30 circonscriptions sauf une (Mercier) ayant moins de 75% de francophones.
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Tous les sondages anticipaient une solide majorité francophone pour le OUI, et un vote non francophone massif pour le NON (de l'ordre de 95%). Le simple examen des cartes du vote NON et OUI (cartes 7, 8, 9 et 10), indique que c'est bien ce qui s'est produit, mais l'analyse statistique le confirme.
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Les résultats obtenus par le OUI dans les 125 circonscriptions sont fortement liés au pourcentage de francophones dans chacune d'elles (corrélation de 0,861), mais cette relation est évidemment plus forte dans la région de Montréal (corrélation de 0,959) que dans le reste du Québec (corrélation de 0,598) puisque certaines circonscriptions très francophones de l'extérieur de Montréal ont voté NON (tableaux 5 et 6). Inversement, les résultats obtenus par le NON sont fortement liés au pourcentage d'électeurs anglophones (corrélation de 0,801) ou allophones (corrélation de 0,626): ces corrélations sont habituelles au cours des scrutins québécois depuis 1970 (les seules exceptions étant les élections de 1976 alors qu'une partie des non-francophones appuyèrent l'Union nationale, et des élections de 1989 alors qu'une majorité d'électeurs anglophones appuyèrent le Parti Égalité).
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Ces coefficients sont du même ordre que ceux calculés au référendum de 1980 pour le vote au OUI, soit 0,808 pour les francophones, - 0,834 pour les anglophones et - 0,469 pour les allophones. En fait, depuis les élections de 1970, on retrouve toujours la même structure de vote: le vote souverainiste est toujours corrélé positivement avec le pourcentage de francophones et négativement avec le pourcentage d'anglophones et d'allophones.
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Le vote linguistique à Montréal
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C'est à Montréal que la relation entre le vote référendaire et la composition linguistique des circonscriptions est la plus évidente: la relation extrêmement forte qui existe entre la composition linguistique des circonscriptions et les résultats du référendum est parfaitement illustrée par le graphique représentant le résultat obtenu par le OUI en fonction du pourcentage de francophones dans les 40 circonscriptions de la région du grand Montréal. On voit dans ce graphique que les appuis au OUI sont proportionnels au pourcentage de francophones (plus il y a de francophones, plus le OUI obtient un score élevé), et que cette relation ne connaît pas d'exceptions (aucune circonscription ne s'écarte considérablement du nuage de points du graphique).
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Ce type de relation entre la composition linguistique et le comportement électoral se vérifie depuis toujours aux élections québécoises. Nous avons effectué une analyse spectrale [Notes 9 ] du vote aux référendums de 1980 et de 1995 dans la région du grand Montréal, qui couvre l'île de Montréal, l'île jésus et la Rive-Sud de Montréal (40 circonscriptions). Le tableau 7 fournit les résultats de cette analyse: on y trouve les valeurs estimées du vote de chaque groupe linguistique, avec les marges de confiance qui leur sont associées.
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La méthode utilisée ne permet pas de déceler un vote significatif des électeurs anglophones ou allophones pour le OUI en 1980, tout comme en 1995: s'il existe, ce vote ne dépasse pas les 5-10% dans tous les cas. Mais alors qu'en 1980 le vote francophone pour le OUI ne dépassait guère les 55% dans la région de Montréal (et qu'il n'était que de 50% dans le Québec urbain et de 45% dans le Québec rural), en 1995 le vote francophone pour le OUI atteint les 63% dans la région de Montréal, et environ 58% dans 'le reste du Québec (l'Outaouais exclu). Malgré cette majorité très forte, le OUI n'a gagné que dans 14 circonscriptions parmi les 40 de la région de Montréal. L'extrême polarisation du vote anglophone et allophone a masqué la très considérable majorité francophone en faveur du OUI.
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Ce fait n'est pas nouveau: depuis 1970 le Parti québécois dispose de la majorité du vote francophone dans la région de Montréal (majorité relative en 1970, et majorité absolue depuis 1973), mais il n'a fait élire, le plus souvent, qu'une minorité de députés ou une courte majorité: six sur 29 en 1970, quatre sur 37 en 1973, 22 sur 37 en 1976, 20 sur 43 en 1981, sept sur 44 en 1985, sept sur 43 en 1989 et 16 sur 40 en 1994, alors qu'au référendum de 1980 le OUI n'a remporté que quatre circonscriptions sur 37 dans la région de Montréal. C'est seulement lorsqu'il dépasse les 60% du vote francophone que le Parti québécois réussit à faire élire un nombre important de ses candidats dans Montréal (comme en 1981), ou lorsque le vote anglophone et allophone est divisé (comme en 1976): sinon, le nombre d'élus péquistes dans la métropole est sans rapport avec ses appuis chez les francophones (comme en 1970, 1973, 1985 et 1989).
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Le vote des Amérindiens
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Les Amérindiens, qui ont acquis le droit de vote aux élections provinciales de 1970, sont en règle générale très abstentionnistes: leur taux de participation, lorsqu'ils s'inscrivent sur les listes électorales [Notes 10 ] , a été très faible, toujours inférieur à 50% depuis 25 ans [Notes 11 ] . Néanmoins, au référendum de 1995, leur participation a atteint les 73,9%, reflétant le même niveau d'intérêt que l'ensemble des électeurs québécois. Ce taux de participation varie d'une nation à l'autre (tableau) et atteint pour la plupart d'entre elles le taux de participation habituel à une consultation provinciale (entre 75% et 85%).
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Évidemment, l'ensemble des électeurs amérindiens a fortement appuyé le NON (90,4%), mais on notera cependant qu'avec un appui de presque 10% pour le OUI, les Amérindiens se démarquent considérablement des autres électeurs non francophones. En fait, si les anglophones et les allophones du Québec avaient appuyé le OUI dans les mêmes proportions que les Amérindiens, le OUI aurait remporté le référendum avec 52% des voix environ.
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La division linguistique du vote se retrouve aussi parmi les électeurs amérindiens mais à un second niveau, puisque dans l'ensemble des réserves indiennes et villages nordiques 82,7% de la population a sa langue d'origine comme langue maternelle. Si dans l'ensemble des réserves indiennes et villages nordiques le OUI n'a recueilli que 9,6% des voix, ce taux s'élève à 11,5% chez les Montagnais, à 22,2% chez les Hurons et à 25,5% chez les Abénakis, c'est-à-dire parmi les nations amérindiennes dont la langue seconde, pour des raisons historiques et géographiques, est le français; alors que ces appuis tombent à 3,2% chez les Algonquins, à 4,3% chez les Cris, à 1,1% chez les Micmacs et à 2,8% chez les Naskapis, c'est-à-dire parmi les nations amérindiennes dont la langue seconde est l'anglais, encore là pour des raisons historiques et géographiques. Seule exception à cette règle, les Inuit ont appuyé le OUI dans une proportion de 14,6%, mais cela est en continuité avec une certaine normalisation des rapports entre le Parti québécois et la nation Inuit, normalisation qui s'est d'ailleurs traduite par des appuis électoraux substantiels au Parti québécois depuis maintenant dix ans.
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En effet, même si au référendum de 1980 le vote pour le OUI dans les réserves indiennes et les villages nordiques n'a été que de 16,8%, on ne peut pas dire que le vote amérindien soit aussi polarisé contre les partis politiques souverainistes que le vote anglophone ou allophone. Les appuis au Parti québécois dans les réserves indiennes et les villages nordiques ont été de 12,5% en 1970, de 22,0% en 1973, de 22,1% en 1976, de 28,7% en 1981, de 47,1% en 1985, de 37,8% en 1989 et de 18,4% en 1994, alors qu'ils disaient NON à 29,1% au référendum sur l'accord de Charlottetown en 1992. On notera en particulier qu'aux élections de 1985, alors que le Parti québécois se faisait congédier par l'ensemble du Québec avec un vote de 38,7%, les Amérindiens lui accordaient un vote de 47,1%, très supérieur à la moyenne du Québec et pratiquement semblable à l'appui des seuls électeurs francophones: au cours de cette même élection de 1985, les Attikameks appuyaient le Parti québécois à 56,0% et les Inuit à 58,6%, c'est-à-dire à un niveau que le Parti québécois n'a atteint ou dépassé, parmi les électeurs francophones, qu'aux élections de 1981 ou le Bloc québécois aux élections fédérales de 1993.
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C'est donc dire que le maigre 9,6% d'appui au OUI au référendum de 1995 de la part des électeurs des réserves indiennes et des villages nordiques ne peut être analysé de la même façon que le vote presque nul pour le OUI de la part des électeurs anglophones ou allophones. En effet, alors que l'opposition des électeurs anglophones et allophones au Parti québécois, au Bloc québécois ou aux options nationalistes dans les référendums est, depuis un quart de siècle systématique, continue et presque unanime, les électeurs amérindiens ont montré qu'ils sont capables de nuances (un certain appui au OUI en 1995) et de distinguer les enjeux entre un référendum et une élection (des appuis certains au Parti québécois à certaines élections). Ils démontrent ainsi que leur comportement électoral n'est pas toujours entièrement dicté par leur origine ethnique ou leur appartenance linguistique.
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Le vote francophone
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C'est le cas aussi, bien entendu, des électeurs francophones, qui se divisent en permanence dans leur manière de voter, accordant la majorité de leurs appuis tantôt au Parti québécois, tantôt au Parti libéral, tantôt au OUI et tantôt au NON. C'est pourquoi, partant de cette analyse du vote linguistique, nous avons recalculé l'appui au OUI parmi les seuls électeurs francophones dans chacune des circonscriptions et chacune des régions délimitées dans les tableaux 9, 10 et 11.
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Ainsi, dans le tableau 9, les circonscriptions sont regroupées selon leur pourcentage de francophones: on voit très bien la décroissance des appuis au OUI à mesure que le pourcentage de francophones diminue. Mais si l'on regarde la colonne du vote OUI francophone, on voit que celui-ci se maintient aux environs de 60%, sauf parmi les circonscriptions ayant moins de 50% de francophones (nous reviendrons sur ce point plus loin). La composition linguistique des circonscriptions agit comme une sorte d'écran pour analyser le vote: en effet, lorsque le OUI obtient un moins bon résultat, cela est généralement dû à la présence d'électeurs non francophones plutôt qu'à une plus faible performance parmi les francophones. Ainsi, par exemple, dans l'ensemble de l'île de Montréal le OUI n'a obtenu que 34,4% des voix (tableau 11), mais parmi les montréalais francophones il a obtenu 61,2% du vote, c'est-à-dire un peu plus que la moyenne du Québec (60,0%), et dans les bastions péquistes de l'est de Montréal, il a obtenu 66,7% du vote francophone (tableau 9).
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Partant d'un vote non francophone presque unanimement reporté sur le NON, le calcul du vote francophone pour le OUI permet d'appréhender certaines réalités sociologiques intéressantes, et qui sont en parfaite continuité avec les comportements électoraux québécois depuis 25 ans. En effet, au-delà d'un vote francophone global de 60% pour le OUI, il existe des différences sociologiques importantes. Certaines, qui proviennent des caractéristiques démographiques des électeurs (âge, sexe, scolarité, etc.), ne sont pas analysables autrement que par les sondages, car au niveau des circonscriptions, qui sont des unités très grandes, ces différences s'estompent. Par contre, pour d'autres caractéristiques (composition linguistique, structure économique, urbanisation et ruralisme, régionalisme, etc.), les différences entre circonscriptions subsistent suffisamment pour faire l'objet d'une analyse sociologique. Et l'on s'en tient au vote francophone, le seul qui varie d'un milieu social à l'autre, puisque le vote non francophone, étant uniformément acquis au NON, n'est plus dès lors susceptible d'analyse sociologique autre que globale, sur laquelle nous reviendrons.
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Les données fournies dans le tableau 10 indiquent très bien le caractère plus urbain, et même métropolitain, du vote souverainiste. Les meilleurs résultats du OUI, parmi les francophones, se situent dans les milieux populaires de l'est de Montréal (66,7% pour le OUI), ainsi que dans la couronne de banlieues de Montréal (65,2%). Les pires résultats du OUI, parmi les francophones, se situent par contre dans l'ouest de Montréal (52,4%).
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Le vote francophone pour le OUI diminue à mesure que l'on passe de la région métropolitaine de Montréal vers la région métropolitaine de Québec (57,0%), les circonscriptions urbaines ou à forte composante urbaine (59,5%), et les circonscriptions à forte composante rurale (57,0 %). La région de Québec, néanmoins, se situe à un niveau plus faible que ce à quoi on aurait pu s'attendre: elle a accordé un appui plus faible au OUI que l'ensemble du Québec francophone, même si cet appui est quand même majoritaire.
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L'examen du vote par région révèle aussi des appuis différenciés pour le camp du OUI. Si les régions traditionnellement péquistes du Saguenay- Lac- Saint-Jean (70,4% d'appui francophone au OUI) et du Nord-Ouest (63,9%) se détachent, ainsi que les régions du Bas-SaintLaurent-Gaspésie (64,2 %), de la Montérégie-Rive-Sud (62,1 %) et des Laurentides-Lanaudière (65,8%), l'appui au OUI parmi les francophones est beaucoup plus modéré dans la région de Québec (56,3%), comme nous l'avons vu plus haut, dans la Mauricie-Bois-Francs (58,3%) et en Estrie (55,4%). De ce point de vue deux autres régions se détachent: dans ChaudièreAppalaches le OUI n'obtient qu'une courte majorité de 51,3% du vote francophone (et le NON l'emporte dans les circonscriptions de Beauce-Nord, Beauce-sud, Bellechasse et Montmagny-Ulslet), alors que dans l'Outaouais, le OUI n'obtient que 33,8 % du vote francophone. Dans ce dernier cas, il s'agit sans l'ombre d'un doute des craintes qu'un Québec souverain provoque chez les fonctionnaires fédéraux. La faiblesse du camp souverainiste dans l'Outaouais et en Beauce n'est pas nouvelle: il en a toujours été ainsi depuis 25 ans.
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Si l'on suppose que le vote pour le OUI est exclusivement francophone, on peut calculer le vote francophone au OUI en divisant le pourcentage qu'il obtient par le pourcentage de francophones dans chaque circonscription: il s'agit évidemment d'une estimation du vote francophone maximum pour le OUI. Ce calcul montre que le vote OUI francophone varie entre plus de 80% (dans Mercier) et 24,3% (dans D'Arcy McGee). Le vote OUI francophone dépasse les 50% dans 108 circonscriptions. Parmi les 17 circonscriptions dans lesquelles le vote francophone est inférieur à 50%, on retrouve en particulier plusieurs circonscriptions de l'ouest de Montréal (on trouvera entre parenthèses le vote francophone en faveur du OUI calculé par la méthode indiquée précédemment): Westmount-Saint-Louis (45,7%), Acadie (45,1%), MontRoyal (44,4%), Saint-Laurent (44,4%), Nelligan (43,3%), Robert-Baldwin (35,5%), JacquesCartier (34,4%) et D'Arcy McGee (24,3) [Notes 12 ] . On y retrouve aussi les circonscriptions de l'Outaouais: Papineau (40,9%), Gatineau (37,5%), Hull (35,5%), Chapleau (30,3%) et Pontiac (23,4%). On y retrouve enfin quatre circonscriptions très francophones (plus de 90%) que le OUI n'a pas remportées, contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre: Bellechasse (47,6%), Montmagny-Ulslet (45,2%), Beauce-Nord (45,0%) et Beauce-Sud (42,8%).
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Un vote de classe ?
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Lorsque, le soir du référendum, Jacques Parizeau a déclaré «nous avons été battus par l'argent et des votes ethniques», tous les commentateurs, souverainistes comme fédéralistes, jouèrent du politiquement correct, en oubliant d'ailleurs le premier terme de cette déclaration et en changeant subtilement la formulation du second. Même si l'on peut estimer inopportune cette déclaration de Jacques Parizeau, car elle était sans doute inélégante dans la bouche d'un chef d'État de la part duquel on attend un discours rassembleur et non pas un discours vengeur, cette déclaration exprime néanmoins dans une formule saisissante une vérité incontournable.
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En effet, jamais au cours d'une campagne politique au Québec les choses ne furent si limpides: dans le camp du NON, les forces de l'argent (chefs de grandes entreprises, milieux d'affaires, chambres de commerce, conseil du patronat, banques, capital financier, etc.); dans le camp du OUI, le peuple (mouvement syndical, mouvement féministe, groupes populaires, la majorité des intellectuels et des artistes, etc.). Lorsque, en début de campagne, Jacques Parizeau a dénoncé la collusion du grand patronat avec le camp du NON et le discours mesquin de certains de ses porte-parole (Beaudoin, Garcia, Dutil, etc.) qui rapetissaient le Québec souverain à la dimension d'une république de bananes, le quotidien The Gazette s'est demandé, avec une certaine anxiété, si on n'était pas en train de retourner à la lutte des classes!
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Nous avons suffisamment illustré la polarisation linguistique du vote pour qu'il soit inutile d'y revenir. C'est la première constatation que nous voudrions maintenant illustrer -«nous avons été battus par l'argent» - en lui donnant toutefois un sens plus général que la simple collusion des forces de l'argent contre le OUI. En effet, le vote référendaire s'est aussi fortement polarisé sur une base sociale. Et cela ne veut pas dire que l'on classe les anglophones, et encore moins les allophones, dans les classes privilégiées de la société. Rien ne serait plus grossier au plan de l'analyse. Le vote non francophone est presque unanimement opposé au projet souverainiste, et n'est donc pas analysable en termes socio-économiques.
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Mais même si l'on s'en tient uniquement au vote francophone, c'est dans les zones les plus riches que le vote francophone pour le OUI est le plus faible. Nous utilisons ici comme indice le revenu familial moyen au recensement de 1991. Nous indiquons entre parenthèses le revenu familial moyen et le vote francophone pour les municipalités mentionnées en ordre décroissant du revenu familial moyen: Westmount (140 102$, 27,2%), Hampstead (126 912$, 18,2%), Senneville (113 338$, 43,3%), Mont-Royal (104 549$, 30,5%), Baie-d'Urfé (99 932$, 24,6%), Beaconsfield (92200$, 26,2%), Montréal-Ouest (88951$, 32,8%), Sillery (84 753$, 51,3%), Outremont (80 536$, 60,7%), Kirkland (79 397$, 25,3%), Saint-Lambert (76 703$, 48,0%). Outre ces municipalités cossues, la relation entre niveau de richesse élevé et faible appui pour le OUI parmi les francophones se vérifie au niveau des quartiers les plus favorisés: dans Côte-Saint-Antoine à Westmount (214 173$ de revenu familial moyen, 18,3% de vote francophone pour le OUI) qui est le secteur le plus riche du Québec, ou encore dans le secteur Summit Circle de Westmount (195 009$, 25,9%); dans le secteur Habitat 67 (182 246$, 35,2%); dans le secteur le plus riche d'Outremont, en haut de la Côte-Sainte- Catherine (144 512$, 32,2%); à Laval-Ouest (115 256$, 30,6%); dans le quartier Avenue des Pins (112 177$, 28,1%); dans Saraguay (98 443$, 31,3%); à l'Île-des-Soeurs (95 474 $, 42,7'/-); dans le secteur le plus riche de Saint-Lambert (82 160$, 40,9%); etc. [Notes 13 ]
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Inversement, c'est dans les zones les plus pauvres du Québec, en Gaspésie, sur la Côte-Nord, en Abitibi-Témiscamingue, dans le Centre-Sud et l'Est de Montréal, dans la Basse-Ville de Québec, que l'on retrouve les plus forts taux d'appuis au OUI parmi les francophones, appuis généralement supérieurs à 60% et parfois à 70%. Le revenu familial moyen est évidemment une mesure un peu crue de la position sociale, mais il mesure, peut-être approximativement, quelque chose de réel, et le lecteur averti aura reconnu dans la liste d'exemples qui précèdent les espaces sociaux où se retrouve l'essentiel de la bourgeoisie, que celle-ci soit francophone ou anglophone. Et parmi les francophones, cette bourgeoisie a voté très majoritairement pour le NON. Inversement, le peuple francophone a, en règle générale, très majoritairement appuyé le OUI. Le clivage social, parmi les francophones, a été, au cours du référendum de 1995, l'un des plus accentués parmi les consultations électorales depuis 1970.
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Conclusion
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De tous les facteurs explicatifs des différents niveaux obtenus par le OUI à travers les circonscriptions du Québec, la polarisation du vote sur une base linguistique est la plus forte. Alors que le OUI a gagné dans 80 circonscriptions, il a remporté la majorité francophone dans 108 circonscriptions sur 125.
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Mais le résultat final du référendum fut de 50-50 pour le NON, malgré une majorité de 60%. de francophones, et tout au plus 5% de nonfrancophones qui ont voté OUI. Il est politiquement incorrect, semble-t-il, de souligner cette situation pour le moins gênante: le vote presque unanime de la minorité a inversé une majorité très nette en faveur du OUI de la part de la majorité. On risque toujours de se faire accuser de qualifier les votes, alors qu'en démocratie tous les votes se valent.
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En effet, le OUI a été battu, ce que personne ne conteste. Mais ce qui fait problème pour l'analyse sociologique, ce n'est pas que le vote de la minorité ait bloqué l'expression du vote de la majorité: telles sont les règles du jeu et personne ne les remet en cause. Pourtant, même si le OUI avait gagné, et même avec une confortable majorité, le caractère unanimiste du vote non francophone contre le projet souverainiste aurait quand même fait problème. En 1992, lors du rejet de l'accord de Charlottetown par 56,7% des voix, c'est-à-dire avec plus des deux tiers du vote francophone, les anglophones du Québec ont tout aussi unanimement voté dans le sens contraire de la majorité francophone, alors même que la majorité des anglophones du Canada votaient contre l'accord, tout comme d'ailleurs l'ancien premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau, qu'on ne peut tout de même pas taxer de nationalisme. Et cela faisait problème pour l'analyse sociologique du vote.
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Bien entendu, chacun est libre de voter comme il l'entend, mais lorsque près d'un million de personnes votent toutes dans le même sens, on est en droit tout de même de s'interroger sur la liberté de choix qu'elles se sont elles-mêmes donné. La démocratie est fondée sur l'existence d'individus libres et rationnels, qui font des choix après un examen objectif des enjeux proposés. Lorsque toutes les limailles de fer s'orientent dans le même sens, le physicien ne peut s'empêcher de penser qu'il y a un champ magnétique qui est la cause de cet événement improbable. Lorsque tous les membres d'une communauté votent dans le même sens, l'analyste politique ne peut s'empêcher de penser qu'il existe une cause commune. Surtout que cela se produit sans discontinuer et sans se relâcher depuis maintenant 25 ans, au cours de dix consultations électorales.
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Appeler cette cause commune du racisme, c'est un excès de langage que nous n'avons jamais commis. Par ce vote unanime continuellement affirmé, les électeurs non francophones expriment plutôt un refus, le refus systématique et obstiné du Québec français. C'est une attitude qui ethnicise les rapports entre francophones et non-francophones, et qui à ce titre doit être combattue. C'est pour cela que, malgré le vote du 30 octobre 1995, les souverainistes doivent oublier leur légitime amertume, et encore tendre la main à leurs concitoyens anglophones et allophones, et continuer de leur proposer de construire un pays ensemble. Parce que sans eux le Québec ne serait pas ce qu'il est.
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Par ailleurs, il est politiquement décisif qu'une si importante majorité de francophones ait dit OUI à la souveraineté du Québec: ce résultat pèsera de tout son poids dans la suite des événements. Face à l'histoire, il s'agit d'une rupture symbolique avec le passé (au référendum de 1980 à peine 50% des francophones donnèrent leur appui à un mandat de négocier): l'obstacle intérieur est franchi. Ne reste maintenant que l'obstacle extérieur constitué par l'opposition presque unanime de la minorité au projet de souveraineté.
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Le Rêve Québécois

Globalement, le Canada dans sa forme actuel est dans une impasse. Il n'y a pas de parti capable de représenter le pays d'un bout à l'autre, et la question constitutionnel n'a toujours pas été réglée et ce, malgré 22 ans de débats depuis son rapatriement. S'il en serait que de moi, le parti qui aurait la solution à cette impasse, serait un parti séparatiste ayant pour plateforme de disoudre le Canada en 5 États souverains vivant au sein d'une confédération de type européene comme le veux Bernard Landry. Dans la perspective où le Québec et le reste du Canada formerait deux États où le poid économique et démographique serait incomparable, nous ne pourrions tenir cette option comme réalisable, mais s'il y avait 5 États ayant plein pouvoir de leurs juridictions, de leurs valeurs, de leur reconnaissance internationale, et ce en mettant en commun certaines compétences tel la santé et le transport (comme en Europe), noous pourrions régler du même coup les deux problèmes auxquels est confronté le Canada.
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Les 5 États étant: l'Atlantique, le Québec, l'Ontario, les Prairies et la colombie Britanique. Après tout, n'est-ce pas la subdivision des cinq grands champs économiques du Pays ? Pour ce qui est des territoires nordiques, nous pourrions régler la question autochtone une bonne fois pour toute en leur rélégant leurs terres, tout en conservant certaines parties qui serait partagées par l'ensemble complet de la nouvelle Confédération Canadienne.
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Ce qui étonne encore à ce jour, c'est que le Québec ne sois toujours pas souverain.
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Luc Roussel - Longueuil 27 Mai 2004