jeudi 11 septembre 2008

Le gâchis scolaire





Dans une lettre au Journal de Montréal, l'ancien premier ministre Jacques Parizeau tire sur la sonnette d'alarme et demande au ministère de l'Éducation du Québec d'expliquer «l'effondrement du système de l'enseignement public français». Une situation qu'il juge «scandaleuse».


11/09/2008 08h30

Au début de cet été, le ministère de l’Éducation publié un document intitulé Résultats aux épreuves uniques de juin 2007 et diplomation. Il s’agit de la compilation des résultats des examens imposés par le Ministère pour sanctionner la fin des études secondaires.

Une section de ce document cherche à répondre à la question suivante : de tous les élèves qui sont entrés en 1re année secondaire au cours d’une année donnée (et qui sont désignés comme étant une cohorte, par exemple, la cohorte 2000), quelle proportion va obtenir un premier diplôme à la fin de la année secondaire, donc après cinq ans en 2005 ? Le premier diplôme dont il s’agit, c’est évidemment le diplôme d’études secondaires (DES), ou un diplôme d’études professionnelles.

Comme tous les élèves ne réussissent pas du premier coup, on va aussi établir la proportion de diplômés six ans et sept ans après l’entrée en 1re secondaire.

Il ne s’agit que des jeunes ; on ne tient pas compte des adultes de plus de 20 ans. Pour l’ensemble du Québec, le nombre de diplômés après cinq ans représente, en 2007, 59% de la cohorte de 2002. En somme, moins de 60% de tous ceux et celles qui étaient en- trés en 1re secondaire vont avoir leur diplôme en cinq ans. C’était un peu plus élevé (61%) pour les cohortes de 2000 et 2001, mais le même niveau pour celle de 1999. Tout est compté: l’enseignement privé, public, anglais et français. Il n’y a donc que trois jeunes Québécois sur cinq qui suivent le cheminement régulier de leurs études secondaires.

Continuons. Nous savons tous que les résultats sont meilleurs dans l’enseignement privé que public. Ça s’explique, puisque l’enseignement privé peut choisir ses élèves, alors que l’enseignement public ne le peut pas. De la cohorte 1999, 55 des élèves du secteur public ont eu leur diplôme après cinq ans, contre 80 % des élèves du privé. Pour ce qui a trait à la plus récente des cohortes, celle de 2002, l’écart s’agrandit encore, 53 % contre 83 %. C’est proprement effrayant. Mais ce n’est pas fini. Les chiffres dont je viens de faire état indiquent les résultats des élèves anglais comme français.

Il faut maintenant distinguer les ré- sultats des deux groupes, en tenant compte dans les deux cas des secteurs public et privé. Dans la cohorte 1999, 59% des élèves francophones obtiennent leur premier diplôme après cinq ans, contre 70% des élèves anglophones. Dans le cas de la cohorte 2002, les chiffres correspondants sont de 58% et 69%.

En lui-même, cet écart n’est peutêtre pas significatif. En vertu de la loi 101, les enfants d’immigrants doivent être inscrits dans le secteur francophone. L’apprentissage du français peut, peut-être, expliquer une partie de l’écart. Poursuivons dans le secteur public. Poursuivons notre démonstration.

On n’a pas tenu compte jusqu’ici de la disparité entre garçons et filles. On sait que les filles obtiennent de meilleurs résultats, ici comme dans bien d’autres pays. Nous allons dans ce cas-ci tenir compte du taux de diplomation après cinq ans d’études, après six ans et après sept ans. Peutêtre l’écart entre garçons et filles diminue-t-il avec le temps ? On ne retient du rapport du ministère de l’Éducation que les résultats dans le secteur public.

On le voit, le temps n’y change pas grand-chose, l’écart est à peu près constant. Ces chiffres mêlent cependant les résultats des réseaux français et anglais. Pour les distinguer, j’ai refait le même tableau pour la Commission scolaire de Montréal et pour la Commission scolaire English-Montréal. (ci-contre)


Après cinq ans, selon le cheminement normal des études, à peine plus du tiers des garçons ont obtenu leur premier diplôme (le chiffre exact est de 35,6%). Après sept ans, le nombre de garçons diplômés n’a pas encore atteint la moitié de la cohorte.

Voici les taux correspondants pour la Commission scolaire English-Montréal.

Le taux de diplomation après cinq ans des garçons anglophones est presque deux fois plus élevé que celui des garçons francophones. Après sept ans, comme nous l’avons vu, plus de la moitié des garçons francophones n’ont toujours pas de diplôme, contre à peine plus de 20 des élèves anglophones.

Un écart aussi prodigieux seraitil, comme je l’ai souligné plus haut, un effet pervers de la loi 101 ? Non. J’ai compté 13 commissions scolaires où le taux de diplomation des garçons après cinq ans est inférieur à 40 %. Dans la région des Laurentides, des quatre commissions scolaires, trois affichent des taux inférieurs à 40 %.

En fait, nous sommes simplement confrontés à une situation scandaleuse, à un formidable gaspillage qui compromet l’avenir. J’ai connu un tel choc en 1962 quand un recen- sement de la scolarité des Québécois avait fait ressortir que 54 des adultes de plus de 25 ans n’avaient pas dépassé la sixième année d’études. Le Québec avait le plus bas taux de scolarisation secondaire du monde dit civilisé avec le Portugal.

De ce recensement est sortie la Révolution scolaire, la partie la plus importante de la Révolution tranquille. On a construit, on a recruté, on a augmenté les impôts pour financer. On a brassé, ce qu’un auteur français d’autrefois décrivait comme «ce matériau qu’on appelle le million d’hommes ». C’était plus simple que de s’occuper de la qualité du système.

Ce n’est plus de ressources ni d’argent qu’il s’agit aujourd’hui, c’est à l’effondrement d’un système auquel nous assistons.

La situation est beaucoup trop sérieuse pour que l’on se contente du jeu habituel de la recherche des coupables des accusations de tout un chacun et des modifications de structure. Il faut d’abord poser un diagnostic correct. Qu’est-ce qui est arrivé ? Pourquoi en est-on là

Pourquoi les résultats du système anglais d’enseignement sont-ils à ce point meilleurs que ceux du système français ? On veut savoir et il n’ a que le ministère de l’Éducation qui puisse répondre. Depuis des années, par le truchement d’une succession de ministres des deux bords, dans un charabia brumeux, avec la complicité des facultés d’éducation, on s’est servi des jeunes comme de cobayes, on a imposé aux enseignants des contorsions intellectuelles étonnantes. Devant le gâchis que ses propres chiffres révèlent, il faut qu’il s’explique, le «Ministère». Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui se passe?

-Jacques Parizeau


Bernard Landry à Paul Desmarais

Publié le 9 septembre 2008 dans les quotidiens La Presse et Le Journal de Montréal.

Cher Paul Desmarais,

Nos divergences de vues n'ont jamais altéré l'estime que je vous porte. J'ai souvent fait votre éloge en privé comme en public et je vous considère comme l'un de nos

plus grands financiers. L'hebdomadaire français Le point, à qui vous avez donné une remarquable entrevue en juin dernier, vous présente, à juste titre, comme «une légende du monde des affaires».


Votre influence sur une partie des élites françaises est notoire. Le président, Nicolas Sarkozy, vous a récemment élevé au grade de grand-croix de la Légion d'honneur. Même René Lévesque ne fut pas décoré à un tel niveau.

Les visites à votre domaine de Sagard des présidents Bush et Clinton, du roi d'Espagne, du Cheikh Yamani, de Maurice Druon et bien entendu de Nicolas Sarkozy témoignent de l'ampleur et de la diversité de votre réseau international. J'ai appris, lors d'un récent séjour d'enseignement en Chine, que l'on vous considère dans ce pays comme l'un des premiers grands capitalistes occidentaux à avoir vu poindre sa formidable montée en puissance. Vous y êtes reçu, dit-on, mieux que de nombreux chefs de gouvernement.

Un tel prestige et la rareté de vos interventions publiques leur donnent une portée hors du commun. C'est pourquoi je considère qu'il est de mon devoir de citoyen de réagir à un propos stupéfiant que l'on retrouve dans cette fameuse entrevue au Point. Vous avez dit que «si le Québec se sépare ce sera sa fin».

Je me prends à espérer qu'une telle déclaration a dépassé votre pensée. Il ne pouvait être dans vos intentions de laisser entendre que 50% des électeurs qui ont voté OUI en 1995, dont la majorité des lecteurs de vos journaux, auraient voulu la fin de leur nation. Je présume que même ceux qui défendent avec honnêteté dans vos publications la «ligne éditoriale fédéraliste» obligatoire ont dû être surpris d'un tel énoncé.


Des États-Unis au Monténégro


Comment pourriez-vous penser un seul instant que notre nation qui a évidemment les moyens d'être indépendante, comme l'a dit d'ailleurs notre premier ministre en France l'an dernier, pourrait connaître sa fin en faisant ce que presque toutes les nations qui le peuvent, la plupart du reste, beaucoup moins bien nanties que le Québec, ont déjà décidé de faire. Connaissez-vous dans l'histoire une nation, à commencer par les États-Unis, en 1776, jusqu'au Monténégro, en 2006, qui, ayant accédé à la liberté, y aurait trouvé sa fin? Il me semble impérieux pour vous de rectifier cette déclaration aussi insoutenable et injuste qu'il ne le serait de prétendre que l'indépendance du Québec serait son commencement.

Comment un choix aussi normal pourrait être la fin de la nation qui a donné le jour aux courageux et inventifs Desmarais de l'île Marie en face de chez moi, qui ont conçu les fameuses chaloupes Verchères. Ces autres Desmarais qui ont créé et gèrent Power Corporation perdraient-ils leur génie des affaires si le Québec était libre. Nos nombreux dirigeants d'entreprises qui dominent le monde dans leur créneau seraient-ils moins doués et moins dynamiques si le Québec était membre de l'OMC et du FMI?

Les nombreux artistes québécois qui s'illustrent dans le monde entier, dont certains d'une prodigieuse manière, seraient-ils moins créatifs et brillants si leur nation était membre de l'UNESCO? Nos athlètes olympiques récolteraient-ils moins de médailles sous notre bannière fleurdelisée?

En quoi notre démocratie, à bien des égards exemplaire, serait-elle affectée négativement par notre présence aux Nations unies? Pourquoi notre solidarité profondément enracinée dans nos valeurs pourrait être dissoute par notre appartenance à la FAO, à l'OMS et à la Banque mondiale?

Avec l'indépendance, nos 45 000 mégawatts d'énergie propre, sans compter ce qui est à venir, auraient-ils moins de puissance? Notre prodigieuse dotation minière, nos forêts renouvelables et notre agriculture dynamique pourraient-elles perdre de leur valeur?

Le Point relate votre amitié avec tous les premiers ministres du Québec. Je le confirme en ce qui me concerne et c'est pour moi une raison supplémentaire pour vous poser ces quelques questions. La nation québécoise mérite que l'un de ses plus illustres membres leur donne une réponse articulée.

Photo: Bernard Landry, alors premier ministre du Québec, et Paul Desmarais, lors de la soirée des récipiendaires du Mérite philanthropique 2002, décerné par la Chambre de commerce du Québec. (Archives La Presse)

dimanche 30 mars 2008

Lettre au Premier ministre du Québec

Depuis de nombreuses années, même avant que le Parti Libéral prenne le pouvoir en 2003, il n’est pas rare d’entendre les politiciens parler de programmes servant à encourager les assistés sociaux à retourner sur le marché du travail. Même encore dernièrement, lors du dévoilement du dernier budget provincial par madame Monique Jérôme-Forget, Ministre des finances, il était question d’argent injecté spécifiquement pour cette cause.

Pouvons-nous dire avec certitude que des programmes existent véritablement ? Si le gouvernement dépense de l’argent pour aider les gens démunis à retrouver leur vie, ou va cet argent, de quelle façon est-il administré ?


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Monsieur le Premier ministre Jean Charest
Édifice Honoré-Mercier, 3e étage
835, boulevard René-Lévesque Est
Québec (Québec) G1A 1B4

Monsieur le Premier ministre,

Le gouvernement offre des programmes d’aide financière visant la réinsertion au travail dans l’objectif d’inciter les prestataires d’aide sociale à envisager un avenir plus prometteur. Par la présente, j’aimerais démontrer certaines lacunes importantes qui limitent les citoyens et citoyennes les plus désireux d’entreprendre une démarche d’intégration à l’emploi. Je souhaite illustrer l’urgence de réévaluer le soutien apporté à ceux et celles qui vivent aux dépens des services d’aide gouvernementaux. C’est pourquoi, dans les quelques lignes qui suivent, vous aurez un résumé de mon expérience personnel par rapport au soutien que vous m’allouez et des problématiques auxquelles je fais face. Ainsi, vous pourrez constater à quel point les citoyens et les citoyennes sont dans l’impasse lorsque nous voulons améliorer notre avenir, que notre bonne volonté et nos espoirs se frappent souvent à un mur quasi infranchissable.

D’abord, j’ai 48 ans, cuisinier de profession, j’habite seul et je suis célibataire ayant pour seule famille, une sœur qui réside à l’extérieur du pays. Sans l’aide de cette dernière, durant la période que je m’apprête à décrire, je n’aurais probablement jamais survécu. Pour des raisons de santé, j’ai été contraint de me retirer du marché du travail. Incapable de travailler debout durant de longues heures, mes fonctions étaient devenues irréalisables. Par conséquent, ma situation s’est graduellement aggravée. Au cours des cinq dernières années, j’ai dû compter sur le programme d’aide financière de dernier recours pour survivre. À un moment où j’aurais dû mordre à pleines dents dans la vie, c’est vers l’isolement presque total que je me suis tourné, provoquant de multiples épisodes de dépression. Durant cette période, les frais que le gouvernement a du déboursé pour moi seul, en soins cliniques et hospitaliers ainsi qu’en médications ont du être astronomiques.

L’isolement aura au moins apporté un aspect positif à ma vie. J’ai fini par m’intéresser à la retouche image et à la mise en page. Considérant l’infographie comme un travail que je pouvais exercer en position « assise », c’est au printemps 2007 que l’idée de suivre un cours dans ce domaine a fait son chemin. J’ai consulté un agent du Centre d’Emploi qui m’a recommandé à une conseillère en orientation. Ensemble, nous avons déterminé sans équivoque que le choix que je venais de faire me convenait parfaitement. Emploi Québec a accepté de m’appuyer dans ma démarche et le 27 août 2007, j’amorçais mes cours au Centre de formations professionnelles Calixa-Lavalée à Montréal-Nord.Au cours de cette longue et pénible période d’inactivité qui a précédé le retour aux études, le programme financier de dernier recours, m’accordait un montant de 115$ par mois, justifié par une contrainte temporaire au travail. Ajoutez ce montant au 570$ de base, c’est avec 685$ que je devais arriver à boucler mon budget mensuel. En accédant aux cours d’infographie, le Centre Local d’emploi se voyait dans l’obligation de reconsidérer ma situation. La contrainte à l’emploi ne s’appliquant plus, on devait ramener les prestations au montant de base.

En revanche, l’aide d’Emploi Québec pour un retour aux études se traduit par une contribution de 184$ chaque mois. Une partie de ce montant couvre les frais de transport, soit la carte mensuelle CAM (Autobus-Métro) à 66,25$. Le reste (117,75$), c’est pour aider l’étudiant à mieux vivre. Je suis reconnaissant qu’on me donne l’opportunité de me rendre chaque jour à l’école via le transport en commun, mais une fois le coût de la CAM absorbé, c’est un supplément de 2,75$ que m’accorde le gouvernement, en comparaison avec ce qu’on m'allouait avant la formation. Permettez-moi de douter, monsieur le Premier ministre, de l’aide que prétend apporter votre gouvernement aux personnes désireuses de changer leur situation. En poursuivant la lecture, vous comprendrez sûrement pourquoi le reste de ma formation est sérieusement menacé.

Tout récemment, j’ai consulté Madame Doris Gervais, responsable de l’Aide financière aux adultes de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’île. Elle a procédé à une simulation comptable pour en venir à la conclusion que si je décidais d’abandonner les prestations d’aide sociale et le mince appui d’emploi Québec pour me tourner vers un prêt et bourse accordé par votre ministère, je me retrouverais avec 20$ de moins par mois, en plus d’avoir à rembourser environ le tiers du montant accordé. Madame Gervais a également déterminé que la demande de dérogation est impensable dans mon cas, puisque je reçois par le Centre d’Emploi et Emploi Québec, le maximum alloué pour un adulte aux études.

Malgré ses inquiétudes, ma grande sœur ne peut plus m’apporter son aide. Sachant que je suis sur la bonne voie, elle souhaiterait sincèrement me soutenir jusqu’à la fin de ma formation. Malheureusement, c’est devenu impossible. Je me retrouve comme bien d’autres, contraint à vivre avec comme seul montant, l’aide financière que nous offre l’état. J’ai la chance d’avoir un propriétaire qui a hérité de son édifice à logements il y a très longtemps. Les logements salubres à 455$ par mois sont extrêmement rares à Montréal. J’ai une entente avec Hydro-Québec qui me permet de débourser un peu moins chaque mois durant cette période difficile. Dans les semaines à venir, quel sera le bon choix lorsque viendra le temps de choisir entre un paiement de 70$ ou le même montant pour un sac d’épicerie ? Une fois le loyer, la CAM et l’électricité payés, c’est 162$ qu’il me reste pour le mois. J’ai rencontré plusieurs intervenants au cours des dernières semaines qui tentent de me venir en aide. On m’encourage à tenir bon et à persévérer jusqu’à la fin. On m’a soumis une liste des différents organismes d’aide alimentaire de quartier.

Je doute que ce soit suffisant. J’ai encore neuf mois de formation devant moi et je m’imagine mal continuer de cette façon. Je fonctionne un jour à la fois en espérant que demain suffira à mes besoins de base. Le contexte est loin d’être idéal pour les études, mais j’arrive tout de même à me retrousser les manches pour améliorer mon sort. Je suis parmi les premiers de classe et les nouvelles connaissances que j’absorbe chaque jour se transforment en passions. Malgré tout cela, j’ai dramatiquement besoin d’aide.

À mon avis monsieur le Premier ministre, il existe un grave problème dans votre régime d’aide financière aux études. Je suis loin d’être le seul dans cette situation. Je suis plus âgé que la moyenne des étudiants qui m’entourent et je vois des jeunes gens et des moins jeunes remplis de belle volonté, qui tirent le diable par la queue pour survivre. Je ne souhaite pas retourner au point zéro. J’aimerais retrouver cette autonomie qui me permettrait de cesser de vivre au crochet de la société. Je vous implore de revoir la réforme du programme et l’injection des fonds nécessaires aux élèves pour la réussite de nos études. Existe-il d’autres ressources que nous ignorons ? Personne autour ne semble avoir la réponse. Pour le moment, la seule constatation véritable, c'est qu'il n'existe aucun chemin autre que la souffrance excessive pour avoir droit à un avenir.

Veuillez agréer, monsieur le Premier ministre, mes sentiments les plus distingués.

Serge Verdon

Copies conformes:
Michelle Courchesne, Ministre de l'éducation, du Loisir et du Sport, Ministre de la famille
Mario Dumont, Chef du parti ADQ, Chef de l'opposition officielle
Pauline Marois, Chef du Parti Québécois
Nicolas Girard, député (P.Q.) de Gouin (Rosemont – La-Petite-Patrie)
Doris Gervais, conseillère à l'aide financière aux adultes (CSPI)
Pierre Boudreau, Directeur, Centre de Formations Professionnelles Calixa-Lavallée
Antonio Bernardelli, Directeur général de la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île

lundi 3 mars 2008

Commentaire sur le Blog de Joseph Facal

Bonjour M. Facale

J’ai écouté Tout le monde en parle dimanche soir dernier et j’ai bien apprécié vos interventions concernant les idéaux qui vous poussent à penser que le Québec serait mieux s’il se gérait par lui-même. Vous avez soulevé plusieurs points intéressants, surtout lorsque vous avez parlé de l’identité québécoise qui prendrait forme encore plus rapidement dans la mesure où le Québec n’avait que lui-même à blâmer pour ses propres erreurs.

Je me considère souverainiste depuis belle lurette et les raisons pour lesquelles je nous identifie d’abord et avant tout comme un peuple à part entière, avant de nous percevoir comme une province à l’intérieur d’un pays, ont bien changé après toutes ces années.

Tout d’abord, début vingtaine, c’était la langue, l’identité, la différence qui stimulaient mes intentions. Un peu plus tard dans ma vie, c’était probablement l’intolérance et l’incompréhension, non seulement des différents gouvernements, autant fédéraux que provinciaux, mais aussi de l’ensemble des citoyens et citoyennes des autres provinces canadiennes. Je n’oublierai jamais l’amour qu’on nous a porté la veille du référendum de 95. Ces gens ne comprendront probablement jamais à quel point l’humiliation fut vive devant cette hypocrisie de dernières minutes.

Mais au-delà de toutes ces raisons, j’en suis venu à me demander pourquoi les Canadiens s’entêtaient à considérer une structure vielle de plus de 400 ans comme étant la seule et la meilleure qui soit ? Les ancêtres québécois et canadiens ont procédé du mieux qu’ils pouvaient à une époque où la communication était bien difficile entre les différentes nations. Pas d’Internet, pas même de téléphone. Avec les données disponibles, on devait structurer un pays aussi grand et vaste que le Canada.

Il existe trois pays aussi étendus en territoire que le Canada. J’envie aucun d’entre eux. Plus le pays est large, plus sa gestion nécessite un nombre plus important d’effectifs. Plus les effectifs sont nombreux, plus la corruption est répandue. Vous vous rappelez de l’épisode dans l’article du Journal de Montréal qui mentionnait la disparition fréquente et régulière d’ordinateurs dans les bureaux fédéraux à Montréal ? Le gardien de sécurité avait dit ne pas s’en mêler de peur d’être congédié. Minimisons l’importance du vol et calculons un simple crayon de mine qui disparaît chaque jour dans la poche de chacun des fonctionnaires qui travaillent pour le gouvernement fédéral, du B-C à la Nouvelle-Écosse. Même pas besoin d’inclure un scandale comme celui des commandites ou l’histoire des enveloppes à Brian qu’on est déjà perdants. Ajouter à cela les salaires de tous ces bureaucrates, leurs dépenses, celles de leurs patrons, les salaires et dépenses des politiciens, de notre gouverneure générale… J’en passe très certainement et on a même pas encore effleuré l’aspect provincial.

Je n’arrive pas à comprendre comment les gens font pour en arriver à ne pas considérer cet aspect de la situation canadienne. Si on éliminait l’entité centrale et qu’on laissait les provinces se gérer elles-mêmes, il en coûterait probablement beaucoup moins à tout le monde. Considérons le regroupement de certaines provinces pour avantager les moins fortunées. Est-ce que je suis dans l’erreur en pensant ainsi ?

Je ne suis pas dupe, comme vous le disiez vous-même dimanche soir, le Québec ne deviendrait pas parfait parce qu’il serait souverain. La corruption existerait, c’est certain mais à plus petite échelle. Au lieu de voir tous les fonctionnaires fédéraux et provinciaux partir avec un crayon de mine le soir en quittant le travail, on limiterait le problème aux nôtres. On augmenterait probablement nos effectifs en devenant indépendant, mais jamais on approcherait le total de fonctionnaires nécessaires au fonctionnement du Canada entier et de la province. C’est tellement ridicule de devoir payer deux fois plutôt qu’une pour qu’on me dirige.

Je n’arrive pas à m’exprimer aussi bien qu’un politicien ou à comprendre les choses au même rythme qu’un universitaire mais j’ai vraiment peine à comprendre pourquoi les militants de la cause souverainiste n’exploitent pas davantage cet aspect de notre situation. À mon avis, les gens ont besoin de concret. Proposez leur des chiffres en leur disant voilà combien il y a de fonctionnaires au Canada. Voilà combien vous avez à payer en salaires pour la totalité des gens qui travaillent dans les bureaux gouvernementaux fédéraux à travers le pays. Sortez les cas de corruption, de vols d’équipement, à Vancouver, à Québec, à Edmonton, à Montréal, même ceux dans nos bureaux provinciaux et additionnez-les. Regroupez tout et parlez-en sans arrêt.La langue est importante, certes, nos valeurs québécoises valent la peine d’être protégées et le Québec a très certainement besoin de prendre ses propres responsabilités pour passer de l’adolescence à l’âge adulte. On n’arrête pas de parler de ça, c’est important…

Mais en parlant sans arrêt de tout ce gaspillage, de toutes ces dépenses inutiles, de cet argent que nous garderions ici pour la faire nous-même fructifier, On ne parle pas seulement au Québécois de souche. Nous parlons à celui qui est arrivé au pays il y a deux ans, trois ans, à celui qui habite le Québec depuis une dizaine d’années, à l’anglophone, l’allophone… La vieille phrase « Il ne faut plus envoyer notre argent à Ottawa » est désuète ? Utilisons d’autres mots, tout simplement. Surtout, il faut du concret, il faut des chiffres, des preuves et regrouper sans cesse les évènements sans jamais arrêter d’en parler.

Une chose est certaine, Dieu sait que les fédéraux libéraux et conservateurs font tout en leur pouvoir pour nous aider depuis quelques années… Je trouve ça moche qu’on n’en profite pas plus qu’il faut, trop occupé à parler de notre identité.